Je crois que je vis dans la 4ème dimension. Le problème c'est qu'on a oublié de me prévenir.
Ce matin, première heure de cours, sujet fascinant : nourrir les hommes. Thème : la révolution verte. La prof est hyper préparée, elle connaît toutes les réponses par coeur... Grave erreur, elle ignore que la révolution verte c'est lorsque les agriculteurs utilisent des petites coccinelles pour repousser les vilains moucherons.
Là, j'hésite trente secondes, est-ce une plaisanterie pour gagner des points au nouveau jeu des lycéens : prendre le prof pour un c... et perdre du temps de cours inutilement. Mais non, c'est bien Catherine, ma charmante demoiselle qui pense que les gens font beaucoup d'enfants dans les pays les plus pauvres uniquement parce qu'ils aiment les enfants. Bon, au pays de Candy, ils doivent faire ça aussi.
Allez, ne désespérons pas, et allons porter la bonne parole, la solidarité c'est formidable, en voilà une valeur républicaine qu'elle est bonne. Et zou, expliquons le fonctionnement des ONG. Exemple choisi, pour coller à l'actualité lycéenne, Action contre la faim (ils vont courir pour collecter des fonds). La séance se passe normalement, jusqu'à la superbe carte des interventions de cette ONG internationale. Question de la prof, décidément bien naïve ce jour-là : Où agit cette ONG ?
Petite main levée, yeux sidérés du garçon : Mais, madame, ils font quoi en France ? Moi, toujours prête : je me prépare à réexpliquer le travail d'une ONG comme celle-là. Et là : mais ça sert à quoi ? Personne ne meurt de faim en France, y'a qu'en Afrique..."
On répond quoi ? Que les restos du coeur doivent s'expatrier ? Sortie aux Restos programmée, c'est nécessaire.
Bon, l'identité nationale, là, je le sens bien. Début de l'exposé sur les héros nationaux, parfait. Je suis sure que tout va bien se dérouler. Exposé correct, bien amené. Je me détends. Deuxième exposé, le Panthéon. Bon, évidemment, quand ils commencent à expliquer que ça ne sert à rien, que c'est moche, que franchement, avec la crise du logement, il faudrait tout raser, je commence à m'inquiéter. Lors de la reprise, je projette un article d'Albert Lévy de 2006 sur une exposition au Panthéon. Et là, je renonce, j'abandonne : mais madame, c'est franchement ch... euh, ennuyeux non ? Alors que Koons à Versailles ça c'est marrant, parce que les homards c'est quand même plus sympa que les vieux trucs.... (et il ajoute, penaud) mais le prenez pas pour vous, madame !" Trop aimable, non, vraiment.
Rendez-vous avec une maman, très gentille, compréhensive, son fils fait des efforts pour s'organiser, mais ce n'est pas encore réellement concluant. En clair, il oublie quasi systématiquement de faire ou ramener son travail. Elle me montre son cahier, pour que nous discutions concrètement de ce qu'il doit améliorer. Et là, tombe par terre la carte des milieux bioclimatiques en Asie, totalement vierge, alors qu'il l'a depuis lundi et qu'elle doit être faite pour demain puisqu'elle est ramassée. La maman fond en larmes. Pas de panique, je lui montre la page du manuel et tout ce qu'il faut.
Ce serait plutôt comique, si je ne venais pas de recevoir le mail d'une autre élève m'annonçant qu'ils cherchent tous la page du manuel, qu'elle n'existe pas et que, quand même, je pourrais leur donner des exercices plus faciles (il suffit de colorier des espaces déjà signalés par des traits). Réponse désespérée et désabusée : c'est à la page 256, je comprends qu'elle ait pu être arrachée dans vos 31 manuels, j'en suis désolée.
Et là, le comble, je reçois un courrier de mon banquier, il me dit : dis-moi que tu m'aimes. Non, là ce n'est plus possible...
mardi 9 février 2010
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire